Le logiciel libre, quésaco
Par Everteal - Dernière modification : 3/24/2026
Temps de lecture estimé : 5 minutes
Introduction
Si vous avez déjà installé des logiciels sur un ordinateur, vous avez probablement été confronté à une fenêtre de ce genre :

Lorsque vous installez un logiciel, ses créateurs vous concèdent une licence qui détermine ce que vous avez le droit (et ce que vous n'avez pas le droit) de faire avec. Beaucoup d'entre elles sont considérés comme… discutable, légalement, notamment celles réalisées pour le droit Américain, et qui possèdent des clauses qui ne sont pas forcément transposables dans le droit Français ou Européen.
Mais parmi ces licences, il en existe plusieurs d'un certain type qui sont légèrement différentes des autres. Pour certaines applications, comme Firefox, VLC, ou Blender, vous remarquerez que le contenu de la licence est légèrement différent de celles que vous avez pu voir avant.

La grosse distinction ? C'est dès la première ligne. Ici, il ne s'agit pas d'un « contrat de licence pour utilisateur final » (EULA en anglais), mais d’une licence libre.
Un logiciel qui vous concède une licence libre, est appelé tout naturellement logiciel libre, tandis qu’un autre où l’auteur conserve tous ou beaucoup de droits est appelé logiciel propriétaire.
Quelles sont les différences ?
Un logiciel libre, c'est tout d'abord un logiciel dont le code source est disponible à tous les utilisateurs d'un logiciel, et dont l'étude, la modification, et la réédition sont permises.
Concrètement, ça permet notamment aux experts indépendants de venir vérifier que les promesses faites par les créateurs du logiciel (comme le chiffrement des messages pour les applications de chat) sont bien respectées, et qu'il ne contient pas de virus ou autres fonctionnalités indésirables. Aussi, ce status rend beaucoup plus simple la réalisation d’audits sur la sécurité du logiciel sans passer par tout un tas de paperasse.
À cela s'ajoute que l'éditeur du logiciel ne peut pas restreindre votre utilisation du logiciel en fonction de ce pourquoi ou comment vous l'utilisez. Par exemple, une entreprise éditant un logiciel libre ne peut pas créer de version « à usage personnel uniquement » qui vous empêcherait de l'utiliser dans le cadre de votre travail.
Pour finir, l'autorisation à la modification et la réédition permet à la communauté de reprendre la main sur un projet, si un jour sa gouvernance est remise en question. Ce phénomène assez fréquent est appelé fork (ou bifurcation en français).
C’est notamment arrivé à OpenOffice, qui, suite à une gestion calamiteuse par la société Oracle, s’est vu repris par la communauté en 2011, qui fondera quelque mois plus tard LibreOffice, en se basant sur le code d’OpenOffice.
D'un point de vue utilisateur, le fait qu'un logiciel soit libre ne présente que des avantages. Toutefois, comme pour tout autre logiciel, il est important d'être conscient de qui gère le logiciel, et comment. Les risques pour votre utilisation future viendront de là.
Un logiciel libre, c’est…
- Un gage de transparence par rapport aux utilisateurs.
- Une meilleure garantie de pérennité d’un logiciel — et surtout des fichiers que vous pourriez créer avec.
- Mieux pour votre indépendance par rapport aux grandes entreprises du numérique
- Même un logiciel libre créé par les GAFAMs sera largement meilleur pour votre indépendance et autonomie qu’un de leurs logiciels propriétaires.
- Un quasi-prérequis pour qu’un logiciel puisse être considéré comme « souverain »
- Je réaliserais probablement un autre post là-dessus plus tard, pour parler de cette notion souvent trompeuse.
Un logiciel libre, ce n’est pas…
- Moins sécurisé
- Au contraire, cacher le code source donne une fausse sensation de sécurité.
- Forcément plus sécurisé
- Si un logiciel ne reçoit pas d’audit de sécurité, libre ou non, la garantie de sécurité sera tout aussi faible.
- Forcément gratuit
- Les logiciels libres sont souvent, mais pas forcément, gratuit à l’utilisation !
- DMaths (une extension pour LibreOffice/Microsoft Office pour réaliser des formules mathématiques), est notoire pour être sous licence libre (GPLv2) mais payant pour pouvoir l’utiliser.
- Un logiciel qui ne protège pas votre vie privée
- Au contraire, dans les communautés de protection de vie privée, on ne recommande quasi-exclusivement que des logiciels libres.
- Les logiciels propriétaires représentent souvent un risque pour la vie privée : vous ne savez pas qui se cache derrière, qui a accès aux données, et si les promesses sont correctement respectées.
- Un exemple très concret : WhatsApp contre Signal. Les deux utilisent le protocole Signal (anciennement Whisper) très réputé. Toutefois, on ne peut pas garantir que l’implémentation du protocole de WhatsApp est correcte — en plus du fait que l’application passe les métadonnées des messages à Facebook.
- Un logiciel qui protège forcément votre vie privée
- Si beaucoup de logiciels libres considèrent la protection des données comme essentielle, ce n’est pas le cas de tous les logiciels libres.
- Audacity a, par le passé, souffert d’une grosse controverse autour des données que son nouveau gestionnaire transmettait automatiquement.
Open Source et logiciel libre
Si les deux mouvances ont des origines et des philosophies très différentes, les divergences se situent surtout pour les développeurs d’application — notamment, sur la question d’intégration des bouts de logiciels libre dans d’autres logiciels. Les licences orientées open source vont autoriser l’intégration directe du code dans d’autres logiciels propriétaires, tandis que la plupart des licences orientées libres vont imposer des limitations dans un certain nombre de cas.
Pour faire simple, l'open source, c'est une philosophie de développement collaboratif, alors que le logiciel libre est une philosophie de protection des libertés des utilisateurs. Dans les faits, l'immense majorité des licences open source sont aussi des licences libres, et inversement (voir la liste sur Wikipedia).
C’est pour cela que les grandes entreprises du numérique promeuvent autant l’open source, et aussi peu le logiciel libre. Pour elles, cela revient à recevoir du travail gratuit.